03/06 - Roland-Garros : "Guga"

03/06 - Roland-Garros : "Guga"

"Un Autre Regard" par Philippe Delerm

Il y a sans doute eu des vainqueurs de Roland-Garros plus emblématiques de leur sport, plus inflexibles, plus tranchants. Mais Gustavo Kuerten reste le chouchou. Guga, c’est comme un chemin buissonnier qui rafraîchit encore, bien des années après. Un Brésilien, déjà, c’est plutôt rare, tout en haut du niveau mondial. Un Brésilien dégingandé, une espèce de beatnik, de baba-cool, la chaussette rougie, tombante – tout de suite en comprenait que ça ne l’ennuierait pas de nous danser inlassablement sa samba. Il ne gagnait pas ses matchs le couteau entre les dents, mais avec le sourire du gars qui aime tellement ça. Même sans être grand clerc, on devinait que pour lui souffrir n’était pas souffrir. Populaire avec ça, il nous la jouait favela. Il y a eu des bandeaux nécessaires pour les cheveux longs, celui de Nastase ou de Borg faisaient partie de leur panoplie. Mais Kuerten avait un bandeau d’étudiant contestataire. Un tennis d’extrême gauche, c’était au fond de lui. Quand il a coupé ses cheveux, on a compris qu’il n’avait rien changé.Le public français exultait. Pourquoi le Brésil ? Et pourquoi pas ? La gouaille d’un poulbot, Rio de Janeiro. On ne savait plus où on habitait. Tu nous as mis groggys, Guga. - Philippe Delerm