29/05 - Roland-Garros : "Un héros très discret"

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29/05 - Roland-Garros : "Un héros très discret"

"Un Autre Regard" par Nicolas Rey

Il n’a pas les honneurs du court central. Il joue sur le court 17. Un court annexe, comme on dit, à Roland-Garros. Il s’appelle Polansky. Il est canadien et 273ème joueur mondial. Il est issu des qualifications. A son visage, on voit déjà qu’il est claqué dès le premier tour. Il est déjà mort, on pourrait dire, en quelque sorte. Mort de fatigue, de crampes, mort de sueur mais surtout : mort de faim. Face à lui, un Allemand, 68ème au classement ATP. Autrement dit, un autre monde. Un peu, comme si, au football, l’équipe de Dijon affrontait la « Mannschaft ». Alors ? Alors, la beauté se pointe, sans même qu’on s’en aperçoive. Polansky va perdre en cinq sets. Dès le début, il devine qu’il va y rester, que c’est son dernier match. Il ne lui reste qu’une chose dont il soit encore maître : choisir sa fin. Balancer le match ou frapper chaque balle comme si sa vie en dépendait ? C’est la seconde solution que Polansky a décidé de prendre. Il se dépasse et on se croirait en final d’un grand chelem. Autour du terrain, tout le monde s’en moque. Je regarde cet homme. J’aime sa façon de ne pas lâcher l’affaire, d’accomplir son rêve de gosse jusqu’au bout. Il n’y aurait probablement pas d’image sur France-Télévision de Polansky. Qu’importe. Ce type est mon héros. Un héros très discret. - Nicolas Rey