31/05 - Roland-Garros : "Souvenir, souvenir"

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31/05 - Roland-Garros : "Souvenir, souvenir"

"Un Autre Regard" par Nicolas Rey

Il suffit d’un peu de pluie, que les bâches vertes soient tirées par des gosses pour que, à l’abri sous le cours Philippe-Chatrier, on discute avec des inconnus. En quelques minutes, on a l’impression que depuis toujours on les connaît. Notre point commun : le passé de Roland-Garros. Alors, comme des vieux au fond d’un bar en Normandie, on refait le monde et tous les flashs reviennent. Bien sûr, on commence par la mythique finale « Mc Enroe / Lendl ». Pourquoi ce vilain génie de John a-t-il perdu ce match contre lui-même ? Ensuite, on enchaîne sur les sublimes volées de revers de Stefen Edberg souvent dans le filet. Demeure notre souvenir culte. Le match Connors / Chang. C’est le dernier Roland-Garros du vieil Américain. Il gagne le premier set pour perdre les deux suivants. C’est une fin d’après-midi comme on les aime sur le Central. Le stade est comble malgré l’heure tardive. Personne ne veut voir Connors partir comme ça. Alors, le lion blessé se met à rugir une dernière fois. A chaque point de Jimmy, c’est le public qui s’enflamme. Je me transforme devant ma télévision. Je deviens comme les spectateurs : injuste et fervent. J’applaudis les fautes de Chang. Je peux l’avouer, à présent. Le vieux Connors revient à deux sets partout. Standing ovation. Connors reste sur le terrain. Il lève les bras. J’ai les yeux qui brillent. Premier point du cinquième set. Connors l’emporte. Puis s’écroule. Une civière arrive sur le terrain. On lui fait une perfusion de glucose. La civière met un temps monstre à s’en aller. Parce que le public veut dire « Adieu » à Connors et que le stade est debout à fêter un Jimmy qui salue la foule. En 2009, la pluie cesse de tomber et le soleil revient. Chacun retourne voir jouer Nadal. Et, sans se l’avouer, nous avons tous le même rêve : voir Federrer gagner Roland-Garros cette fois-çi. Question de style.— Nicolas Rey