05/06 - Roland-Garros : "Double messieurs"

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05/06 - Roland-Garros : "Double messieurs"

"Un Autre Regard" par Nicolas Rey

Cette année, je suis en double avec l’écrivain Philippe Delerm. Bonne pioche, les enfants. Voilà ce que j’appelle un duo vif et complémentaire. Si vous m’aviez laissé seul, il n’y aurait déjà plus de chroniques. Je suis incapable de tenir en simple sur terre battue plus de vingt minutes. Je m’effondre au bout du troisième jeu. Je ne fais pas très longtemps illusion. Trop de nuits blanches. Lorsqu’on prend le fiacre, il faut payer le cocher. Adolescent, déjà, les matchs avaient lieu le dimanche matin. Les innombrables gorgées de bières que je m’étais enquillées le samedi soir ne me permettaient guère de mettre mon adversaire en fuite. Avec Philippe, tout va changer. Moi, je reste au filet. Lui va s’occuper du reste. Nous avons discuté de tout ça sur le court Suzanne-Lenglen en regardant deux joueuses russes s’affronter. D’un côté une fille sublime avec laquelle on aurait volontiers trinquer. De l’autre, une déménageuse de piano avec des épaules d’haltérophiles. Aussi étrange que cela puisse paraître, nous étions pour la jolie fille. En ce qui concerne mon double avec Philippe, je souhaite que Ken Loach filme tout ça. Cela va donner un beau long-métrage social sur le compagnonnage et la modestie. L’idéal serait que nous perdions en final. Comme l’écrit Delerm dans un de ses livres :« Toutes les choses qu’on a manquées de justesse sont tellement plus grandes que celles qu’on a réussies. »Philippe est également imbattable sur le fameux passing-shot. Le joueur est débordé depuis le début de l’échange. Il est à bout de force. L’adversaire avance inexorablement à l’intérieur du terrain. Ses coups se font de plus en plus lourds. La mise à mort est proche. L’adversaire monte à la volée. Arrive alors cette course éperdue, l’ultime effort, cet instant où l’on donne tout ce que l’on a et même ce que l’on n’a plus. Alors, le destin balance. Le perdant gagne et le passing est réussi : « Contre la perfection des causes perdues, il n’y a rien à faire », écrit Philippe Delerm.Jeu, set et sublime partenaire. - Nicolas Rey